Le monde post COVID-19, Quels défis pour la diplomatie africaine?

S E KOMIDOR NJIMOLUH HAMIDOU, Politologue et Ambassadeur du Cameroun en République du Congo.

À l’occasion de la « Journée de l’Afrique » célébrée le 25 mai 2020, Son Excellence KOMIDOR NJIMOLUH HAMIDOU, Politologue et Ambassadeur du Cameroun en République du Congo, assurant la présidence du Groupe Africain du Corps diplomatique, analyse la place de la diplomatie dans le projet de renaissance africaine. Interview exclusive.

Excellence Monsieur l’Ambassadeur, à la faveur de la journée de l’Afrique, vous venez de publier un article sur les fondamentaux du panafricanisme. Quel est le sens de cette réflexion sur l’histoire de l’unité africaine ?

Je suis actuellement Président du Groupe Africain en République du Congo. Nous avons coutume de célébrer à notre manière et en partenariat avec le Ministère congolais des Affaires Étrangères, la « Journée Mondiale de l’Afrique ». Pour cause de Covid-19, il n’a pas été possible de donner de la solennité habituelle à cette fête africaine. Aussi, ai-je publié l’article « Mai en Afrique », à l’intention de mes Collègues Ambassadeurs Africains et ce faisant, à toutes celles et ceux qui s’intéressent à l’Afrique.

Ce rappel historique est une invite à une nouvelle prise de conscience des manquements à la construction d’une Afrique politique. Seule cette Afrique politique, rêve de grands panafricanistes, permettra à l’Afrique d’avoir les moyens de ses politiques extérieures, d’une véritable diplomatie de défense de ses intérêts supérieurs. Les micro-États africains sont fragiles et sans consistance face à la déferlante des « charognards » extérieurs et face au grand marché mondial.

En plus de votre fonction d’Ambassadeur du Cameroun en République du Congo, vous assurez la présidence du Groupe Africain du Corps diplomatique. Pourquoi ce regroupement entre Africains ?

Les Ambassadeurs accrédités dans un pays donné se retrouvent dans un Corps constitué, le Corps diplomatique, à la tête duquel un Doyen ou une Doyenne du Corps diplomatique. Au Congo-Brazzaville, cette position est occupée par ma Sœur et Collègue de Centrafrique, S.E. Marie-Charlotte FAYANGA. Par ailleurs, il est de coutume que les Ambassadeurs africains, où qu’ils se trouvent, se regroupent au sein d’un groupe de solidarité, d’échanges et de renforcement de l’amitié qui ceint déjà leurs pays respectifs. C’est le Groupe des Ambassadeurs africains dont je suis le Président au Congo, pour être, après la Doyenne, le plus ancien en poste.

Un mot sur la diplomatie camerounaise dont vous êtes l’un des acteurs depuis une trentaine d’années. Y’a-t-il un événement marquant dont vous vous souvenez et qui aura contribué au rayonnement du Cameroun ?

Je suis effectivement dans ma quarantième année de diplomatie. J’ai souvenir des meilleurs moments de ce parcours et de nombreux évènements marquants ayant contribué au rayonnement du Cameroun. Avoir la chance, après une dizaine d’années d’expérience sur le terrain diplomatique, de se voir élever à la Présidence de la République comme Conseiller diplomatique, est une grâce que j’ai reçue de 1990 à 1995. À cette époque, la Division diplomatique était une structure de Collaborateurs du CHEF DE L’ÉTAT, placés auprès du Secrétaire Général de la Présidence, premier Collaborateur du CHEF DE L’ÉTAT. Nous concevions la politique étrangère du Cameroun comme relevant exclusivement du CHEF DE L’ÉTAT. Vous me donnez l’occasion de clarifier quelques concepts flous pour certaines personnes. La politique étrangère est la stratégie, la diplomatie en est la tactique qui se déploie sur le terrain grâce aux diplomates, tous émanant de la volonté du CHEF DE L’ÉTAT. Les diplomates concourent à la mise en œuvre sur le terrain de la politique étrangère définie par le CHEF DE L’ÉTAT, Chef de la Diplomatie. La Division diplomatique auprès du CHEF DE L’ÉTAT et sous la supervision du Secrétaire Général de la Présidence, assume cette fonction de facilitation de mise en œuvre de la politique extérieure, d’initiation et de proposition des modalités de mise en application de la stratégie d’action extérieure en amont. Et dans le cas d’espèce, la Division n’est alors que l’une des substances participatives de la matrice des pouvoirs, que représente en lui-même le CHEF DE L’ÉTAT. C’est pour cette raison que les diplomates sont soumis, plus que tous, à un devoir de réserve.

Que dire des souvenirs d’évènements.

Ils sont nombreux. Au nom de ce devoir de réserve, nous citerons quelques-uns sans aller trop en profondeur, sans doute parce que souvent, il faut dire pour contribuer à mettre fin à des déformations de l’histoire.

Dans les années 90, à peine arrivé à la Présidence, ma Division était confrontée à une réalité de crise aux frontières de notre pays. Les velléités d’occupation de la presqu’île de Bakassi par l’armée nigériane posaient les problèmes d’une réactivation d’une politique adéquate pour solutionner cette crise. Du Golfe de Guinée au Lac Tchad, il fallait pour le Cameroun sortir de l’instabilité permanente des accords avec le Nigéria, qui se dénouaient selon les régimes politiques dans ce pays. L’idée nous vint de réunir dans un Think Tank des anciens Ambassadeurs à l’ONU et/ou spécialistes du Droit maritime, entre autres Pamela ENGO, MVONDO She…, certains ayant été proches du dossier avec le Nigéria, puis des experts géographes, historiens et autres. L’objectif était d’engager les premiers pourparlers sur les problèmes des frontières avec la partie nigériane. Le CHEF DE L’ÉTAT donna son accord pour le déplacement de cette équipe sous ma conduite à Yola au Nigéria. Ce fut le début du processus de l’Affaire Bakassi. Sous le Secrétaire Général, le Professeur OWONA Joseph, l’Affaire entra dans sa phase judiciaire. Le Cameroun décida de porter plainte à la Cour Internationale de Justice. La Division diplomatique, par ma modeste personne, contribua à proposer la liste des noms qui allaient concourir à la défense du Cameroun. On avait pris en compte quelques noms que j’avais évoqués. Je n’entrerai pas dans la nébuleuse des noms cités par certains chroniqueurs comme étant les hommes de main du Président dans l’affaire Bakassi. Ils sont nombreux qui en ont fait partie. Mais faire abstraction de la Division diplomatique ne me semble pas judicieux pour la vérité historique. Nombreux de mes Collègues de cette fameuse Division de 1990 à 1995 en savent davantage, ces héros dans l’ombre. Les prétentions d’un héros solitaire, en dehors du CHEF DE L’ÉTAT, maître de l’action diplomatique du Cameroun, sont tout simplement une imposture.

Je me souviens également des années de braise. Après l’élection présidentielle du 11 octobre 1992 au Cameroun, le Président BIYA avait été élu, mais le SDF de Fru Ndi avait lancé une vaste offensive de contestation à l’échelle internationale. Notre Division avait conçue une diplomatie de riposte. Des missi-dominici furent envoyés à travers le monde pour la défense et l’illustration du Cameroun et la vérité des urnes. Le Secrétaire Général de la Présidence d’alors, le Professeur OWONA Joseph, le Conseiller Technique, le Professeur Samuel Fonkam AZU’U et moi-même, étions destinés à parcourir l’Europe occidentale, le creuset difficile à convaincre à l’époque, avec la France, l’Allemagne et la Belgique entre autres. C’était la période où l’Afrique subissait le vent des conférences nationales souveraines.

Je me souviens bien de tant de moments palpitants qu’il faudrait beaucoup de temps pour en énumérer. Retenons que la diplomatie est un très beau métier, mais il faut lui donner les moyens d’engranger les fruits escomptés.

La phase de mon parcours autre que la Présidence, regorge bien des moments et évènements tout aussi palpitants et abondants de production pour le rayonnement du Cameroun. Tous mes Collègues Ambassadeurs font des merveilles dans l’ombre pour le rayonnement et le développement du Cameroun que beaucoup de camerounais ne perçoivent pas, hélas. Ce beau métier, disais-je, pourrait rapporter gros si de temps en temps les textes régissant le métier recevaient quelques modifications significatives dotant les diplomates des mêmes avantages comparatifs que leurs pairs africains. Peut-être que des conférences de revitalisation d’ambassadeurs seraient tout aussi les bienvenues pour donner son lustre mérite à ce champ de la défense et de l’illustration de la patrie. .

Selon nos informations, vous travaillez en ce moment sur la mise en place d’un Centre d’analyses pour une Afrique renaissante. De quoi s’agit-il au juste ?

Oui, le Centre d’Analyse pour une Afrique Renaissante se veut être une sorte de Think tank à l’usage des décideurs politiques qui se voudront eux-mêmes, au lendemain du Covid-19, être des leaders à l’esprit nouveau, engagés désormais, au nom de l’intérêt général, à la construction d’une Nouvelle Afrique, renaissante, fière, politiquement et économiquement fiable, ayant ainsi construit dans l’unité d’action, les moyens de sa politique et de ses engagements internationaux.

Ce Centre se veut un lieu de ressourcement des valeurs de liberté, d’indépendance, de dignité d’une grande Afrique. Il se veut une passerelle permanente entre décideurs et producteurs de sens au service des peuples d’Afrique. Il attend d’être étoffé d’africains ou non-africains, désireux d’apporter leurs connaissances, leurs savoirs-faire, leurs techniques et leurs compétences au développement de l’idéal d’une Afrique renaissante, forte, pour le bonheur de ses peuples et dans une dynamique de paix, dans un monde enfin réajusté.

Excellence, je vous remercie.

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