Dr Komidor Njimoluh Hamidou «Ma part de vérité sur la naissance du RDPC et de son idéologie politique, le « libéralisme communautaire»

L’Ambassadeur du Cameroun au Congo-Brazzaville, a décidé de dévoiler « l’histoire inconnue de l’histoire ». Le diplomate, dans un texte riche en enseignements et révélations, donne sa part de vérité sur la naissance du RDPC(le parti au pouvoir au Cameroun) et de son idéologie politique, le « libéralisme communautaire ». Un texte à lire et à conserver.

Ma part de vérité sur la naissance du RDPC

et de son idéologie politique, le « libéralisme communautaire ».

Par Dr Komidor Njimoluh Hamidou,

Ambassadeur du Cameroun au Congo-Brazzaville

Au nom du devoir de réserve, il y a des humains ayant occupé certaines positions de responsabilités, ou placés au carrefour des flux d’informations qui disparaissent, et avec eux des pans de vérité qui auraient pu éclairer l’histoire. C’est alors que certaines personnes sans scrupules ou saisissant l’opportunité du silence des porteurs de vérité s’illustrent par des auto-proclamations de porteurs de vérité, voire d’auteurs des moments-clés de l’histoire.

Le métier de diplomate a cette particularité que le diplomate est à l’intérieur même du dispositif qui constitue l’entourage du CHEF DE L’ÉTAT. Où qu’il soit, il est à la défense et à l’illustration d’une politique, la politique au pouvoir, d’un Chef et d’un système gouvernant. Il est le porte-parole et l’expression extérieure de ce pouvoir régnant, par tout un mécanisme qui va du CHEF DE L’ÉTAT, de son Cabinet, du Ministre en charge des Affaires étrangères aux Ambassadeurs. Le diplomate à l’extérieur de ce processus s’engage à travailler en pensée et en action avec et pour le système régnant sur le pays dont il est un des soldats à la défense.

C’est dire qu’un proche Collaborateur du Chef, dans ce processus, lorsqu’il a commis une note ou un rapport à la haute attention du Chef, si le Chef endosse le contenu ou une part du contenu de cette note ou de ce rapport, le Collaborateur s’efface et ne peut se targuer de se dire l’auteur des conséquences inhérentes de ce document administratif dûment endossé par le Chef.

Mais lorsque des personnes veulent sciemment déformer l’histoire, et même prendre en faux le Chef, pour lequel on a travaillé, il devient nécessaire, qu’au nom de la jeunesse qui monte, on sorte de sa réserve pour donner des clarifications avant que tous les témoins ne disparaissent.

Dans cet ordre d’idées, la naissance du RDPC, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, suscite bien des appétits d’auto-proclamations d’auteur du nom ou de son idéologie, le libéralisme communautaire.

Je suis dans l’obligation d’apporter des clarifications ci-après, après avoir suivi une certaine évocation de ce contexte lors d’une émission d’Equinoxe TV, « La vérité en face », du dimanche 31 mai 2020.

Voici ma part de vérité.

Le Président Paul Biya seul, a fait son choix du nom et de l’idéologie du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais. Je porte témoignage parce que j’étais dans le processus de ce choix. Ce n’est ni les Sengat-Kuo, ni les Borgia et autres proches idéologues de l’U.C. ou de l’U.N.C. qui sont à la base.

– Nommé Conseiller d’Ambassade à Paris en 1981, j’ai travaillé sous l’Ambassadeur Salomon Bakoto et sous l’Ambassadeur Jacques Roger Booh Booh.

Durant cette période de 1981 à 1985, j’ai vécu des moments palpitants de la vie politique de mon pays le Cameroun. L’avènement au pouvoir du Président Paul Biya en novembre 1982, la tentative de coup d’état d’avril 1984, et l’avènement du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, les 24 et 25 mars 1985.

Avec S.E. Booh Booh, alors Ambassadeur à Paris, nous avons géré tout particulièrement la tentative de coup d’état, puis l’avènement du R..D.P.C..

À cette époque, nous étions trois Conseillers d’Ambassade, Monsieur Djemba Endezoumou en charge de l’administration générale et Chargé d’Affaires en cas d’absence de l’Ambassadeur ; Monsieur Joseph Yonga Tetgen, en charge de la logistique générale et du suivi de la construction et du transfert à la nouvelle chancellerie à la rue d’Auteuil, et de l’entretien. J’étais chargé des affaires politiques, de la presse et de l’UNESCO où je travaillais à titre de Représentant par intérim. Le Ministre des Affaires étrangères de l’époque était S.E. Félix Tonye Mbock.

– À la survenue du coup d’état manqué, j’avais décidé ce matin-là de manière instinctive de me rendre à l’Ambassade, au lieu de l’UNESCO où j’étais devenu coutumier. À l’Ambassade, c’était la débandade. L’Ambassadeur Booh Booh avait élu son quartier général à sa résidence à Neuilly où il était en compagnie d’un ministre de passage, Monsieur Youssoufa Daoudou.

À l’Ambassade, je réorganisais la défensive en compagnie d’un Commissaire de police alors chef d’antenne du CENER et de quelques secrétaires. L’Ambassade semblait être investie de complices avoués et inavoués du putsch, mais aussi de quelques sans-voix. J’avais alors occupé le bureau de l’Ambassadeur d’où je multipliais des contacts avec l’Elysée, le Ministre Tonye Mbock bloqué au Maroc, le Professeur Georges Ngango en mission au Mozambique, l’Ambassadeur Paul Pondi à Washington.

Autour de moi à Paris, mon ami Jean-François Bayart (J. F. Leguil) avait convenu avec moi de la stratégie de communication. Nous fîmes appel à Hervé Bourges à l’époque à France Inter, puis à ses nombreux amis journalistes.

Avec l’Elysée, par le biais de mes amis Guy Penne et Mitterrand Jean Christophe, tous de la cellule africaine de l’Elysée, nous primes l’engagement de mettre en œuvre une action de contre-offensive. L’Elysée décida du retour par N’Djamena de l’Ambassadeur Yvon Omnes en vacance à Paris.

C’est alors que le Ministre Tonye Mbock et moi, nous convînmes de sa venue à Paris et de sa prise de parole à base des propos liminaires que je lui avais préparés. Je convins tous mes interlocuteurs de la nécessité de maintenir leur soutien au Président Biya alors en abri fortifié à la Présidence.

Le Professeur Ngando Georges me demanda d’entrer en contact avec un de ses amis à Libreville, le Docteur Chambrier, Directeur du journal « L’Union », pour amplifier ma communication de soutien à travers ce journal du Gabon.

Mes amitiés avec Monsieur Jean Ping alors Ministre Directeur de Cabinet du Président Omar Bongo, facilitèrent la prise de position officielle du gouvernement gabonais en faveur du Président Biya.

Pendant ce temps à Paris, avec l’assistance de Jean François Bayart, Hervé Bourges, les jeunes à l’époque Pierre Haski, François Soudan…, nous gérions la presse parisienne au mieux des intérêts du Cameroun.

Je reçus de New-York, à la demande de Monsieur Jean Fochivé, l’assistance efficace du Commissaire de division Bienvenu Obelabout, qui vint à Paris prendre la direction de l’antenne CENER.

Ainsi, grosso-modo, sans entrer dans les détails, la gestion, vue de Paris, de mon époque, de la fameuse tentative de coup d’état contre le Président Paul Biya. Je ne cite pas de nombreux camerounais, femmes et hommes qui, ayant pris fait et cause pour le Président Biya, déferlèrent les rues de Paris aux slogans de soutien à Biya. De ces soutiens illustres parmi les étudiants et finissants universitaires, je peux me permettre de citer le Professeur Moukoko Mbonjo Pierre. Beaucoup se reconnaitront dans le récit de cette phase palpitante de mon exercice diplomatique.

– Dans la phase de pacification, le Président Biya et son équipe se mirent à préparer à fond le Congrès de Bamenda. C’est ici que je me trouve encore dans le processus.

J’occupais une position spéciale en France, en ma qualité de diplomate, position de liaison permanente avec le Cabinet du Président de la République du temps du ministre Mataga Philippe. Cette position m’avait facilité le suivi des activités et actions qui allaient concourir à l’organisation du Congrès fondateur de Bamenda en 1985. J’étais de ceux qui alimentaient de notes et de coupures de presse le Cabinet Civil de l’époque, pour la haute attention du CHEF DE L’ÉTAT, souvent avec mon ami Jean François Bayart (de son vrai nom Leguil).

J’ai, à cette époque, eu à spéculer sur l’espoir que naquit à Bamenda un parti nouveau avec une idéologie d’action porteuse d’un projet de société. Le concept de libéralisme communautaire faisait partie de cette spéculation, problématisée et formulée en note à la haute attention de la Très Haute Hiérarchie, par l’entremise du ministre Mataga Philippe. Je dis bien le concept et non le livre.

J’étais présent à Bamenda, en charge des délégations françaises que j’accompagnais au Congrès (la délégation du parti socialiste conduite par Madame Geneviève Chiche-Domenach et la délégation du RPR conduite par Monsieur Alain Juppé).

Une résolution du Congrès en cours à Bamenda avait annoncé comme nom du parti naissant le RPC, pour Rassemblement du Peuple Camerounais.

J’étais alors Consul Général à Paris et ce nom de parti avait déjà été enregistré dans mes services comme nom d’un mouvement créé à l’époque par un camerounais émigré en France.

Je pris sur moi de faire une note à ce sujet que je remis à l’Ambassadeur Jacques-Roger Booh Booh et au ministre Mataga, pour attirer l’attention de la Très Haute Hiérarchie. La suite nous donna raison et le Président Paul Biya décida de nommer son parti le RDPC et non le RPC.

Voilà pour l’histoire inconnue de l’histoire./-

 

 

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