Covid-19/CEMAC : Pr. Michel-Cyr DJIENA WEMBOU «Il est urgent qu’une assistance financière puisse être apportée aux Etats membres»

Dans un entretien avec la presse nationale et internationale le 23 avril 2020 à Brazzaville, le Secrétaire Permanent du Programme des Réformes Economiques et Financières de la CEMAC (PREF-CEMAC) le Pr. Michel-Cyr DJIENA WEMBOU(photo), parle du plan de riposte au Covid-19 en zone Cemac. Et la mise en œuvre des recommandations de la réunion des Ministres du 28 mars 2020 à Brazzaville. entretien.

Au cours de la session extraordinaire du PREF-CEMAC de mars dernier, il a été adopté, parmi les recommandations, la négociation en vue d’une annulation collective de la dette extérieure des pays de la CEMAC pour les aider à mieux faire face aux impacts négatifs du COVID-19. Où en est-on ?

Au cours de leur réunion tenue à Brazzaville le 28 mars 2020 à la demande de S.E. le Président Denis SASSOU NGUESSO, Président de la République du Congo et Président Dédié au PREF-CEMAC, les Ministres de l’Economie et des Finances de la sous-région ont examiné les conséquences économiques et financières de la pandémie du COVID-19 sur les économies de la région, déjà fragilisées par la chute brutale des cours du pétrole. A l’issue de leurs travaux, ils ont décidé de négocier collectivement et d’obtenir pour tous les Etats, l’annulation de l’ensemble de leurs dettes extérieures, pour se donner des marges budgétaires permettant à la fois de faire face à la pandémie et à la relance future, sur des bases saines, de leurs économies.

Dès le lendemain de cette rencontre, des consultations ont été menées avec la communauté financière internationale par les plus hautes Autorités du COPIL du PREF-CEMAC et de la Commission de la CEMAC. Le 5 avril 2020, des correspondances officielles ont été adressées aux Chefs d’Etats et/ou Premiers Ministres des principales puissances telles que les Etats Unis, la France, le Royaume Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord, la Chine, la Russie, l’Inde, le Japon pour solliciter la suspension dans les meilleurs délais possibles, des demandes de remboursements des crédits, y compris les intérêts, le lancement d’un processus de négociation portant sur le réaménagement et l’effacement de la dette multilatérale, bilatérale et privée et surtout, le décaissement d’une assistance financière rapide et conséquente, compte tenu de la situation particulière des pays de l’Afrique Centrale qui en plus de la crise sanitaire et économique doit faire face à une crise sécuritaire.

Les leaders politiques des grandes nations industrialisées ont réservé une réaction positive et rapide aux requêtes de la CEMAC, qui rejoignent d’ailleurs celles formulées par d’autres institutions régionales africaines et de nombreux Etats sur le continent. La CEMAC a participé par vidéo conférence à diverses consultations et réunions, au niveau des Ministres, et des principaux responsables des institutions communautaires et des Institutions de Bretton Woods. Des Chefs d’Etats de la région se sont entretenus avec leurs homologues des puissances étrangères, dont notamment la France, et aujourd’hui, vous suivez tous les développements encourageants intervenus au niveau du G.20 sur la suspension temporaire de la dette des pays les plus pauvres. Dans le même ordre d’idée, il importe de relever les avancées au niveau du FMI et de la Banque Mondiale sur la question, notamment la décision du Conseil d’Administration du FMI du 13 avril dernier portant sur un allègement immédiat de la dette pour 25 pays dont 19 africains, en attendant par ailleurs la réaction éventuelle du Club de Paris sur la dette privée.

Les Ministres avaient également décidé d’approuver l’utilisation de l’enveloppe de 90 milliards de FCFA mise à la disposition de la BDEAC par la BEAC pour le financement des projets publics portant sur la lutte contre la pandémie du COVID-19 et le renforcement des systèmes sanitaires nationaux, et avaient invité les Etats membres à soumettre des projets urgents à la BDEAC. Où en est-on avec la mise en œuvre de cette décision ?

Je dois vous dire que la BDEAC a pris toutes les dispositions sur le plan interne, pour accélérer le processus d’examen et de décaissement équitable de cette ressource. Il est urgent en effet qu’une assistance financière puisse être apportée aux Etats membres pour soutenir leurs efforts en vue de l’acquisition des équipements sanitaires idoines pour effectuer les tests et les divers examens requis, de l’achat des masques et des médicaments, de la prise en charge des personnes mises en quarantaine etc.

Les Etats membres ont déjà commencé à transmettre à la BDEAC les demandes de financement de leur plan de riposte au COVID-19 sur le plan sanitaire. Le Plan de riposte révisé du Cameroun, assorti de la demande d’assistance financière y relative, a été transmis à la BDEAC le 15 avril dernier.

Les décisions sur les financements sollicités devaient être prises dans les meilleurs délais possibles, comme les Ministres l’ont demandé. Mais il convient d’ores et déjà de préciser qu’une enveloppe de 500 millions FCFA avait déjà été mise à la disposition de chacun des Etats membres de la CEMAC, avant même la tenue de la réunion du 28 mars.

Lors de la session extraordinaire du PREF-CEMAC tenue à Brazzaville le 28 mars 2020, les Ministres ont décidé de recourir aux facilités d’urgence mises en place par les Institutions financières internationales et régionales (Banque Mondiale, FMI, BAD, etc..) pour venir en aide aux Etats de la CEMAC face au triple choc sanitaire, économique et sécuritaire. A ce jour, quel est l’état des décaissements et des prêts consentis aux Etats de la CEMAC par ces institutions ?

En effet, les Ministres avaient convenu d’adopter une démarche régionale, par la présentation préalable de la situation de l’Afrique centrale, ce qui a été fait par la Commission de la CEMAC, puis d’engager les négociations au niveau de chaque pays, compte tenu des spécificités nationales de chacun.

A ce jour, tous les Etas de la CEMAC ont travaillé sans relâche avec l’ensemble des Institutions financières internationales compte tenu des types divers de facilités dont elles disposent pour les interventions d’urgence dans le cadre de la lutte contre la pandémie du COVID-19.

Comme vous le savez, le FMI dispose de plusieurs types de facilités pouvant aider nos pays membres à surmonter leurs difficultés de balances des paiements dans le contexte de la crise du COVID. Parmi ces facilités, figurent en particulier l’instrument de financement rapide (IFR) et le fonds fiduciaire réaménagé d’assistance et de riposte aux catastrophes (fonds fiduciaire ARC).

S’agissant de l’IFR, 4 pays de la CEMAC (Cameroun, RCA, Gabon et Tchad) y ont déjà eu recours pour un montant total d’environ 271 milliards de FCFA. Le décaissement pour le Gabon et le Tchad sont déjà approuvés par le conseil d’administration du FMI respectivement à hauteur de 88 milliards de FCFA et 55 milliards de FCFA. Les deux autres pays (Cameroun et RCA) devraient en bénéficier sous peu.

Concernant le fonds fiduciaire ARC, il permet aux pays pauvres membres du FMI de bénéficier de dons leur permettant de couvrir leurs obligations envers le FMI pour une phase initiale de 6 mois. Les ressources qui du fonds fiduciaire proviennent de dons de différents pays, notamment le Royaume-Uni, le Japon, la France etc. Les contributions de la Chine et d’autres pays potentiellement donateurs sont également attendues pour le renflouer. Pour la CEMAC, seuls la RCA et le Tchad ont été pour l’instant retenus éligibles à cette facilité.

Enfin, il faut relever que la réunion virtuelle des ministres des finances et des gouverneurs des banques centrales du G20 a consenti d’octroyer en date du 15 avril un moratoire sur le service de la dette des pays pauvres, y compris avec l’adhésion des pays membres du club de paris. L’initiative vise à suspendre temporairement les paiements du service de la dette pour les pays pauvres qui en expriment la demande. Les pays bénéficiaires comprennent : i) tous les pays éligibles aux financements de l’IDA qui sont à jour sur leur service de la dette envers le FMI et la Banque Mondiale, ii) tous les pays les moins avancés tels que définis par les Nations-Unies.

Précisons enfin que FMI a déjà octroyé la facilité IFR au Gabon et au Tchad et cela devrait également être le cas pour le Cameroun et la RCA, respectivement à hauteur de 110 milliards de FCA et 18 milliards de FCA.

La Banque mondiale, comme elle l’a annoncé elle-même, a pris des mesures urgentes en vue de la mise à disposition de ressources en faveur de ses pays dans le cadre du renforcement des systèmes sanitaires. Pour l’instant 4 pays membres de la CEMAC pourraient immédiatement bénéficier de ces ressources :

– la RCA (5 millions de dollars, qui auraient dû être approuvés depuis le 9 avril, décaissement à confirmer)

– le Congo (11,3 millions USD, prévus pour être approuvés le 17 avril)

– le Gabon (4 millions USD, prévus pour être approuvés le 17 avril)

– le Tchad (15,5 millions USD, le 17 avril).

Pour le Cameroun et la Guinée Equatoriale, les négociations techniques réalisées devraient leur permettre de bénéficier, sans aucun doute, des financements sollicités.

Enfin la BAD a annoncé son soutien aux pays membres pour une enveloppe de 10 milliards de dollars. Pour le moment, je n’ai pas de détail sur la sollicitation de chacun des pays membres de la CEMAC dans le cadre de cette facilité.

Quel est le poids de la dette des Etats membres de la CEMAC à ce jour et comment est-elle structurée ?

Nous ne disposons pas des chiffres de 2020 mais je peux vous préciser que la dette des pays de la CEMAC représentait 48,9% du PIB de la sous-région en 2019, soit un montant de 26 695,6 milliards de Francs CFA. Ce stock est structuré en 64,1% de dette extérieure et 35,9 % de dette intérieure. Telles sont les informations préliminaires que je peux apporter à ce stade, dans le cadre du suivi de la mise en œuvre des décisions et recommandations de la réunion extraordinaire du PREF-CEMAC du 28 mars 2020. Je vous remercie de l’intérêt que vous accordez à la mise en œuvre des décisions prises par nos Ministres et par les principaux responsables des institutions communautaires, dans l’intérêt supérieur des populations de la sous-région.

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